Paru dans Femmes du Maroc en Septembre 2025 : Le syndrome de la bonne élève dans le cadre professionnel
Comment définiriez-vous le syndrome de la bonne élève dans un cadre professionnel ?
Le « syndrome de la bonne élève » se traduit par une volonté constante de répondre aux attentes, de performer sans faute et de ne jamais décevoir. En entreprise, cela donne souvent des salariées qui restent tard pour terminer un dossier, qui acceptent toutes les demandes même si elles sont débordées, ou qui n’osent pas donner leur avis par peur de dire une « bêtise ».
Une jeune cadre dans une banque me confiait qu’elle passait ses soirées à relire ses mails dix fois avant de les envoyer, de peur d’une faute d’orthographe. Son manager voyait en elle quelqu’un de très consciencieux, mais elle, elle s’épuisait en silence.
Reconnaître ce fonctionnement est déjà une première étape. Demandez-vous : est-ce que je cherche à être efficace, ou est-ce que j’essaie surtout d’être irréprochable ? Accepter de livrer un travail « très correct » plutôt que « parfait » peut déjà réduire la pression.
Quelles sont les origines psychologiques de ce syndrome ? Vient-il de l’enfance, du système scolaire, de l’éducation ?
Les racines remontent souvent à l’enfance et à notre système éducatif. Beaucoup de petites filles au Maroc grandissent avec l’idée qu’il faut être « sage, appliquée, exemplaire » pour mériter l’approbation. L’école renforce cela avec les notes, les classements, les félicitations. L’enfant apprend : « si je réussis, je vaux quelque chose ».
Une ingénieure brillante m’expliquait qu’à l’école, chaque fois qu’elle avait la meilleure note, ses parents lui offraient un cadeau. Aujourd’hui adulte, elle recherche la même validation dans son travail : elle se sent bien uniquement quand son supérieur la félicite, sinon elle doute immédiatement d’elle.
Il est important de distinguer la valeur de la personne de la performance réalisée. Un bon exercice consiste à noter chaque jour une qualité personnelle (gentillesse, créativité, sens de l’humour…) qui n’a rien à voir avec le travail. Cela aide à élargir son identité au-delà des résultats.
Peut-on l’associer à un besoin excessif de reconnaissance ou à une peur de l’échec ?
Ces deux dimensions sont centrales.
- Le besoin de reconnaissance pousse à en faire toujours plus, quitte à s’oublier. Beaucoup de femmes me disent : « Si je dis non, on pensera que je ne suis pas impliquée ». Elles finissent par accepter toutes les tâches, même inutiles, pour rester la « bonne élève ».
- La peur de l’échec les paralyse. Certaines n’osent pas se lancer dans un projet ou demander une promotion, de peur de ne pas être « assez bonnes ».
Une patiente me disait qu’elle avait refusé un poste de management parce qu’elle craignait de ne pas être « parfaite » comme chef, préférant rester dans l’ombre. Elle s’est privée d’une belle évolution par peur du jugement.
Pour dépasser cette peur, il faut se donner le droit à l’erreur. Commencez par des « petits non » (refuser une tâche qui n’est pas prioritaire, par exemple), ou par vous autoriser un mail avec une petite imperfection. Cela permet d’expérimenter que l’on reste respectée et compétente, même sans être irréprochable.
En résumé, le syndrome de la bonne élève est très répandu, surtout chez les femmes qui ont grandi dans un contexte où la valeur personnelle était liée aux résultats. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut apprendre à s’en libérer, en distinguant sa valeur de sa performance, en apprenant à dire non, et en acceptant que l’imperfection fait partie du travail… et de la vie.
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