Paru dans Femmes du Maroc en Juin 2025 : Pas de congé cet été !
Pourquoi certaines personnes vivent-elles difficilement le fait de rester au bureau pendant l’été alors que leurs collègues sont en vacances ?
Le fait de rester au bureau pendant que les collègues sont en vacances peut réveiller plusieurs dynamiques psychologiques. D’abord, cela renvoie à un sentiment d’exclusion : l’impression d’être ‘laissé pour compte’ pendant que les autres profitent, se reposent, se retrouvent en famille ou voyagent. Cela peut raviver un sentiment d’injustice ou d’infériorité, surtout si la personne n’a pas choisi cette situation (raisons financières, charge de travail, contraintes familiales, etc.).
Ensuite, il y a une question de contraste. Travailler dans une ambiance ralentie, avec des bureaux vides et une baisse d’interactions sociales, peut renforcer une forme de vide émotionnel ou d’ennui. Dans un monde hyperconnecté, voir défiler les photos de vacances sur les réseaux sociaux accentue ce décalage, voire une forme de FOMO (fear of missing out), la peur de rater quelque chose.
Enfin, l’été est culturellement associé au repos, à la liberté, au relâchement. Aller travailler en plein mois d’août va donc à contre-courant d’un imaginaire collectif, ce qui peut créer une dissonance entre ce que l’on vit et ce que l’on pense ‘devoir vivre’. Pour certains, cette période peut aussi réveiller une fatigue plus profonde : celle d’un rythme de vie où le repos semble toujours réservé à plus tard.
Par exemple, une patiente cadre dans une entreprise industrielle m’expliquait récemment qu’elle se sentait « punie d’être restée » : son équipe entière était partie en congé, elle se retrouvait à gérer les urgences sans soutien, dans une ambiance d’abandon. Pour d’autres, c’est plus diffus : une sensation de vide, une baisse d’énergie, ou l’impression que « tout le monde vit sauf moi ».
Quels types de ressentis ou de frustrations cela peut-il engendrer ?
Être au bureau pendant que les autres sont en vacances peut engendrer toute une palette de ressentis : frustration, solitude, lassitude, voire découragement. Beaucoup ont l’impression d’être ‘de garde’, d’être sacrifiés pour que les autres puissent souffler. Cela peut alimenter un sentiment de manque de reconnaissance, surtout si les efforts fournis ne sont pas explicitement valorisés.
On observe aussi parfois un ressenti d’injustice, une impression que les autres ont plus de liberté ou de moyens, ce qui peut activer des comparaisons sociales pénibles et nuire à l’estime de soi. Surtout si les congés n’ont pas pu être posés pour des raisons structurelles (charge, hiérarchie, ancienneté…).Chez certains, cela peut réveiller une fatigue plus globale, celle d’un quotidien où l’on donne beaucoup sans toujours s’autoriser à recevoir. On s’attend à une période calme, et pourtant, le moral baisse. Cela peut créer une forme de lassitude ou de brouillard cognitif.
Enfin, cette période peut générer une forme d’ennui ou de perte de sens, surtout si le rythme ralentit et que les tâches deviennent répétitives. Le travail sans interactions, sans dynamique d’équipe, perd de sa saveur, et certaines personnes peuvent alors ressentir une vraie démotivation.
Un salarié que j’accompagne m’a dit récemment : « J’ai l’impression de garder la boutique pendant que tout le monde décroche. Je suis loyal, mais à quoi bon ? » Ce type de ressenti peut fragiliser l’engagement à moyen terme.
En quoi cette période peut-elle aussi être une opportunité ?
Paradoxalement, l’été au bureau peut devenir une parenthèse bénéfique, si l’on accepte de sortir du rythme habituel. Moins de réunions, moins de pression immédiate : c’est l’occasion de repenser son organisation, de souffler, de réfléchir à ses priorités, voire de faire avancer des dossiers laissés de côté le reste de l’année.
Certain·es de mes patient·es utilisent ce temps pour ranger leur bureau ou leur boîte mail, faire des pauses en conscience, déjeuner dehors, ou commencer la journée plus tôt pour finir plus tôt.
Ce sont des gestes simples mais puissants pour se reconnecter à soi, même sans quitter physiquement son environnement de travail.
Travailler dans un bureau plus calme, avec moins de sollicitations, peut aussi être apaisant et générer un vrai sentiment de maîtrise. Pour certains profils, cela favorise la concentration, la créativité, voire un certain plaisir à évoluer dans un environnement moins stressant.
Enfin, sur le plan relationnel, cette période est parfois l’occasion de tisser des liens différents avec les collègues présents : on prend plus le temps de discuter, de mieux se connaître, dans une ambiance plus détendue. Bref, loin d’être une punition, l’été au bureau peut devenir un temps de respiration et de recentrage à condition de ne pas le vivre uniquement dans la comparaison ou le ressentiment.
Quels conseils pour maintenir sa motivation en été, malgré l’envie de tout lâcher ?
Voici les leviers que je recommande souvent en séance :
- Repenser son emploi du temps : plutôt que de forcer un rythme « normal », ajustez vos journées à la baisse de charge, c’est du self-care professionnel.
- Introduire des micro-rituels bien-être : écouter de la musique douce en travaillant, marcher dix minutes après le déjeuner, Faire des exercices simples de respiration ou faire une vraie pause-café dehors peuvent faire une grande différence.
- Se fixer des objectifs courts et satisfaisants : l’idée est de garder une dynamique, mais sans pression. Terminer une tâche laissée en suspens peut donner un vrai boost moral.
- Créer du lien, même minime : envoyer un message sympa à un·e collègue en congé, proposer un café à une autre personne restée, ou appeler un contact professionnel pour prendre des nouvelles — cela ravive le sentiment d’appartenance.
- Noter ses propres projets (vacances à venir, envies, idées…) : garder un horizon, même lointain, permet de ne pas subir le présent comme une impasse.
Rester au bureau pendant l’été n’est pas une punition, à condition de s’autoriser à en faire une période à part entière, et non un entre-deux subi. On ne peut pas toujours partir, mais on peut toujours prendre soin de soi.
Paru dans Le Matin le 23/10/2025 : Le manque de reconnaissance au travail, ce mal silencieux qui ronge
1. La reconnaissance au travail est souvent évoquée comme un facteur de motivation. Mais psychologiquement, pourquoi est-elle si essentielle pour l’équilibre mental d’un salarié ? Peut-on dire que le manque de reconnaissance est aujourd’hui l’un des risques psychosociaux sous-estimés en entreprise ? La reconnaissance répond à un besoin fondamental : celui de se sentir exister aux yeux des autre...
Paru dans Femmes du Maroc en Septembre 2025 : Le syndrome de la bonne élève dans le cadre professionnel
Comment définiriez-vous le syndrome de la bonne élève dans un cadre professionnel ? Le « syndrome de la bonne élève » se traduit par une volonté constante de répondre aux attentes, de performer sans faute et de ne jamais décevoir. En entreprise, cela donne souvent des salariées qui restent tard pour terminer un dossier, qui acceptent toutes les demandes même si elles sont débordées, ou qui n’os...